[Indonésie] Sulawési : Bienvenue en Pays Toraja !

Nous pourrions qualifier le trajet de Tentena à Rantepao de particulièrement facile et sans accroc. Un miracle à Sulawesi, mais oui, tout s’est passé comme prévu (si ce n’est le retard du bus, d’au moins 4h). Un bus confortable, et qui ne s’est même pas embourbé.

Se rendre à Rantepao depuis Tentena

Comme d’habitude, nous avions différentes informations : un bus qui partait le matin, un autre le soir, voir même une histoire de bus qui, pour ne pas rentrer à vide, prend des passagers qui ne paient que l’essence.

Pour notre part nous avons demandé à notre guesthouse de faire le nécessaire, et ils nous ont réservé deux places dans le bus du soir, qui part de Palu le matin. Dès le midi ils nous ont précisé que le bus aurait du retard, prévu à 16h, il devrait plutôt être à Tentena vers 18h. Nous, ça nous posait aucun souci, parce qu’arriver à 4h du matin ça ne nous bottait de toute manière pas tant que ça.

Vers 17h nous avons embarqué chacun sur une moto qui devait nous amener à la station de bus. Finalement, nous avons échoué devant une petite échoppe. Mais ici, rien ne nous inquiète jamais. Nous avons payé le pick up, puis payé le bus à celui qui tenait l’échoppe. On a laissé nos gros sacs, et on est allé manger. Oui OUI OUI on n’apprend jamais de nos erreurs. On a payé avant et on n’a pas eu ni demandé de ticket. Puis on est partis manger en laissant nos sacs.

Nos repas typiques sur Sulawesi

Bah vous savez quoi ? Nos sacs étaient toujours là et on a bien eu deux places dans le bus. Et on en a jamais douté une seconde. Depuis que nous sommes sur Sulawési et malgré quelques mauvaises surprises, on a l’impression d’être au pays des bisounours tellement les gens sont sympas. Faites gaffe quand même, ce n’est pas toujours vrai et l’histoire nous l’a prouvé lors de notre trajet Ampana-Tentena. Sans compter les histoires de vol dans les transports. Pour notre part on avait tout notre argent, passeport et carte bancaire dans une banane, sous nos vêtements, eux-même sous la couverture. On est confiants mais pas naïfs.

Après avoir mangé au stand de rue d’à côté (et vraiment bien il faut le dire), on est revenus attendre. Attendre. Attendre …. « Désolé, c’est l’heure de la prière pour les Musulmans, le bus s’est arrêté » « Il arrive ! 20 min ! ». 20 min plus tard. « Il arrive dans 20 min !». Nous, on était toujours pas inquiets. Du moment que « l’homme de l’échoppe », comme nous l’appelleront, nous le disait, on savait que le bus arrivait. Et il nous faisait la conversation plutôt sympathiquement, alors ça allait. Et vers 20h, un énorme bus est en effet arrivé. L’homme de l’échoppe nous a accompagné jusqu’à celui-ci, veillant à ce qu’on range bien nos sacs et l’on s’est dit aurevoir, plutôt émus. Il s’était occupé de nous comme une mère.

Et sinon, je vous parle de ce bus de nuit ? Des fauteuils d’une largeur impressionnante, confortables, de la place pour les jambes, pas de bagpack ou de poule sur les genoux, pas de musique ni de lumières toute la nuit, un oreiller, une couverture. On était contents. Sauf pour le concert de vomito de la part des locaux dont le fragile estomac ne supporte pas les interminables routes de montagnes.

Le lendemain vers 8h, après avoir traversé des paysages magnifiques et avoir eu un avant gout du pays Toraja, nous sommes arrivés à Rantepao. Il nous aura fallu 12h de route, sans embûche. Et vous connaissez le luxe ultime ? Le bus nous a déposés devant la rue de notre hôtel.

Je vous ai dis qu’on était contents ?

On était contents.

Tarif bus : Nous avons payé 185 000IDR/pers + 15 000 de pick up depuis l’hôtel – 12h de route (très variable) – départ normal vers 16h

Que faire autour de Rantepao ? 

Nous aurons passé au total 5 jours pleins dans le pays Toraja.

Jour 1 : Prendre le scooter en main

Après un petit déjeuner fait de porridge de riz (roboratif), nous avons enfin filé sur notre monture. Filé … enfin pas vraiment parce que ce n’était pas un foudre de guerre notre scooter, mais on a roulé comme on a pu pour découvrir quelques coins que nous avions noté dans notre To do.

Point de vue Ot Tombi

Il vous faudra parcourir une douzaine de kilomètres depuis le centre de Rantepao. Petite route de montagne plutôt neuve, elle se parcourt facilement. Ce premier point de vue ne peut pas se louper puisque son nom est signalé en lettres rouges monumentales. Vous y croiserez quelques touristes, essentiellement locaux, et les selfies seront légions. La vue est plutôt pas mal, mais pas à couper le souffle. Vous aurez surtout vue sur Rantepao. Si j’ai un conseil, faites le bien en premier, vous aurez peut-être quand même un effet wahou.

Tarif : gratuit (en tout cas on a rien payé)

Point de vue Lolai

Poursuivez votre route vers le second point de vue. Situé à 1400 mètres d’altitude environ, il offre une vue merveilleuse sur la montagne, les rizières en terrasse, les rizières en contrebas ainsi que Rantepao. Nous sommes restés une bonne demi-heure à contempler le panorama, juste tous les deux.

Ensuite, ce fut l’heure de la glace, et nous avons observé les bouts de chou se précipiter sur le marchand de glace.

L’heure de la glace en Pays Toraja

Vous pourrez voir des maisons Toraja traditionnelles à cet endroit. D’ailleurs il y en a encore énormément autour de Rantepao, voir même des villages entiers.

Tarif : 15 000IDR/pers + 5000/scooter

Village de Marante

Nous avons repris notre scooter et traversé de superbes décors en plein cœur des rizières pour découvrir le village de Marante. Nous l’avons garé à l’entrée, devant les maisons traditionnelles. Sans explication on s’est trouvé un peu bête à observer les maisons, leurs dessins, à se demander si les gens vivaient vraiment dedans, et si les plus petites situées en face étaient des autels. Nous avons appris le lendemain que les maisons d’en face sont des greniers à riz, et non des autels ou des petites maisons d’habitations. En revanche les grandes sont bien habitées.

En reprenant la petite route toute abîmée, nous avons vu de l’extérieur une cave funéraire mais n’avons pas osé rentrer. Puis nous avons rencontré un buffle albinos. Il n’avait pas l’être très heureux  d’être là, attaché par le nez, et à le regarder, nous non plus on était pas très heureux.

Il faut savoir que tout est payant en Pays Toraja. La région est l’une des plus touristiques de l’île de Sulawési et les habitants en profitent autant qu’ils peuvent. Une dame s’est donc gentiment approchée de nous lorsque l’on regardait les maisons. Cette fois ce n’était pas pour une photo, mais pour nous tendre un ticket. On a pas bien compris ce que l’on payait comme visite mais on a payé, en espérant que ça aille bien au village.

Tarif : 30 000IDR/pers

Jour 2 : Assister à des funérailles et visiter des grottes funéraires

Le thème du jour est donc la mort. Cela vous étonne peut-être, mais dans le pays Toraja, la mort est le sujet autour duquel tourne une grande partie de la vie. Hé oui. Dans la région, les funérailles sont une affaire d’une importance capitale, une occasion pour laquelle la famille épargne un maximum d’argent afin d’offrir à leurs défunts une grande cérémonie avec tout plein d’invités et de buffles à sacrifier.

Trouver un guide ou le guide te trouvera

Nous ne voulions pas y aller seuls car il était certain que nous n’allions pas savoir où nous mettre ni comprendre grand-chose. Nous cherchions donc un guide lorsqu’un homme attendant devant notre hôtel nous a proposé ses services. Il nous a dit s’appeler Rante. Je me suis dis « Tiens, Rante, ça me dit quelque chose ». Déjà parce que c’est un peu comme le nom de la ville « Rantepao » (haha) mais surtout car j’avais noté son contact grâce au fameux blog des gros sacs. Je lui ai montré mes notes en lui demandant si c’était bien lui … et c’était bien lui ! Nous l’avons donc embauché pour le lendemain, car de grandes funérailles commençaient. Ainsi, ce n’est pas nous qui avons trouvé notre guide, mais notre guide qui nous a trouvé. Si possible, embauchez bien un guide faisant partie de l’association des guides Toraja car d’une part ils sont du coin, et en plus ils ont suivi une formation au tourisme. Vous les reconnaîtrez car ils portent le T-shirt de leur association.

Assister à une cérémonie de funérailles

Nous avons suivi notre guide en scooter. La première étape fut de s’arrêter dans une échoppe pour acheter le cadeau pour la famille. Il nous a proposé d’acheter une cartouche de cigarettes, mais nous avons préféré des bonbons (90 000IDR). Quitte à ce que les deux soient mauvais pour les dents, autant que ça ne ruine pas les poumons.

Nous avons roulé un moment dans la campagne avant d’arriver sur le lieu de la cérémonie, vers 10h30. Les funérailles durent généralement plusieurs jours, et les plus fastueuses jusqu’à 5. Nous avons assisté à la première journée : procession et réception.

Le premier jour est donc consacré à changer le défunt de maison, et à recevoir les invités. En effet, la personne qui décède est considérée comme « malade » et gardée dans la plus belle pièce de la maison, jusqu’à la cérémonie de funérailles. Ce temps permet à la famille de réunir les fonds pour permettre une grande cérémonie, afin de satisfaire l’âme du défunt qui partira serein vers Puya (le paradis) et ne reviendra pas hanter la famille. C’est aussi un événement social extrêmement important pour la communauté. Si la cérémonie n’est pas à la hauteur du rang social de la famille, ses membres descendront immanquablement dans l’estime de leurs pairs. Vous serez alors connus comme ceux qui manquent de respect à leurs parents. Il faut savoir que plus le défunt est âgé et noble, plus la cérémonie doit être grandiose. Et plus la cérémonie est grandiose, plus il y a de buffles à sacrifier.

Nous sommes arrivés au moment où la famille et les invités dansaient autour du cercueil juste avant la procession menant le défunt jusqu’à la maison où il résidera.  A noter que les défunts ne sont pas emmenés dans les caves funéraires tout de suite, il faut attendre que les cercueils soient pleins. Un peu comme le bus quoi …

Et une petite photo devant le cercueil de Papy !
Les petits enfants du défunt en tenue traditionnelle.
Qui ne fait pas de selfie, n’est pas à Sulawési !

Ensuite ce fut la procession. 30 buffles d’abord. Les amis, la famille éloignée, les membres de la communauté, puis la famille proche ensuite. Puis, le défunt lui même. Nous avons suivi.

Ensuite il s’est passé un temps infini pendant lequel nous avons donné notre cadeau à un proche de la famille qui les a offert pour nous. Vous ne devez pas donner vous-mêmes vos cadeaux, car ils sont uniquement pour les proches, et vous ne savez pas qui ils sont, donc vous risquez de vous tromper, ce qui serait un impair. Nous avons mangé des petits gâteaux, bu un café, fait des photos. Niveau selfie on s’attendait à pire. Les gens du Pays Toraja sont plus habitués aux touristes, et ce sont surtout les membres de la famille d’autres régions qui souhaitaient nous fixer sur pellicule. Il y a eu encore quelques activités, comme le sacrifice d’un buffle et son dépeçage dont je vous épargne les photos, et nous avons levé le camp vers 15h.

La partie la plus célèbre des cérémonies funéraires est le sacrifice des buffles. Ils ont lieu généralement le 3ème jour, nous y avons donc échappé. Un fut suffisant. Ne sont sacrifiés que des mâles, si vous amenez une femelle c’est la honte sur trois générations. Les mâles valent bien plus cher que les femelles (bah voyons). Sachez que si l’âme des animaux accompagne le défunt dans son voyage vers Puya, la viande est, elle, donnée à la communauté pour une grande partie, apparemment une partie est vendue aux restaurants du coin, et la peau part à Jakarta. Rien ne se perd. Ils gardent les cornes qui orneront les maisons traditionnelles Toraja.

Cave funéraire et « Baby graves »

Rante nous a ensuite emmenés en pleine campagne pour visiter une très ancienne grotte funéraire : Tampang Allo. La grotte funéraire est comme un cimetière mais d’un genre particulièrement particulier. Celle qu’a choisi notre guide n’est pas touristique, elle est petite mais représentative des coutumes du pays Toraja. Les cercueils sont en bois, et la plupart étant très abîmés, les ossements et les crânes en sont tombés. Ceux-ci ont donc été replacés de manière bien ordonnée à différents endroits de la grotte. Vous trouverez aussi des « tau tau », petites effigies symboliques en bois. Ce fut l’occasion de lui poser mille questions sur cette culture si incroyable et différente de la notre. Dans cette cave, les cercueils les plus anciens datent de plus de 400 ans.

les fameuses “Tau tau”

Tarif : Rante nous a demandé combien on avait payé à Marante, on ne savait plus on a dit 20 000IDR/pers. Alors il nous a dit que c’était pareil pour la cave. Il a donné les 40 000IDR à une vieille dame qui était là. On a pas eu de ticket en retour, on ne saura jamais trop le fin mot de l’histoire. Ceci-dit, notre guide nous a assuré que l’argent était redistribué à la communauté donc ça nous allait.

Puis ce fut les « baby graves ». Rante nous a évité celles de Kambiri qui sont les plus connues. Nous nous sommes rendus au fin fond d’un village à plus de 30 minutes de route de Rantepao, à Lobe. Dans le Pays Toraja, les bébés qui n’ont pas encore de dents ne suivent pas le processus de funérailles traditionnel. Ils sont considérés comme encore purs, et sont installés debout dans une poche creusée dans un arbre. Il n’y a que trois sortes d’arbres éligibles, ceux produisant un certain liquide qui est sensé alimenter les bébés. Les petits corps sont installés à sa base et supposés grandir avec lui. Une fois que celui-ci est arrivé en haut, le bébé devient un ange. Seuls les hommes peuvent participer à ces funérailles car les femmes sont réputées trop émotives (tu m’étonnes, tu viens de perdre ton môme …) et les larmes risquent de rendre triste l’âme de l’enfant. C’est donc le Papa qui s’en charge. Sur ce site, il n’y avait qu’un seul arbre (tant mieux hein), et certains petits corps sont là depuis plus de 90 ans.

Tarif : On a donné 20 000IDR/pers à l’enfant de la famille dans le jardin de laquelle nous avons garé notre scooter. Il avait l’air quelque peu surpris. Encore une fois, on ne sait pas bien si c’était payant mais si cela va au village, ça nous va.

Ces deux visites que l’on craignait franchement glauques ne l’ont pas été du tout. Tout comme les funérailles, plutôt joyeuses si l’on oublie le sacrifice du buffle et les cochons entravés qui subiront le même sort. C’est compliqué pour nous de comprendre ces rites de funérailles, ainsi que ces sacrifices qui semblent d’un autre âge, surtout lorsque l’on est des végétariens convaincus (et végétaliens depuis peu), mais y assister avec un guide Toraja fut plein d’enseignements et une mine d’informations. On a eu de la chance d’assister à des funérailles fastueuses pour un défunt très noble, et que ce ne soit pas le jour de sacrifice des 30 superbes buffles que nous avons vu défiler (même si ce sera le cas le surlendemain).

Tarif guide : 450 000IDR/jour/guide (27€)  + Offrandes à la famille (90 000IDR de bonbons pour nous) – ce tarif ne comprend pas la location du scooter qui est à votre charge ( 80 000IDR sans essence)

Le midi nous avons déjeuné dans un restaurant perdu en pleine campagne avec une vue magnifique sur les rizières. On nous a bien offert de déjeuner lors des funérailles, plusieurs personnes ont insisté, mais hormis les petits gâteaux nous n’avons touché à rien, car au menu ce n’était que viande et poisson. L’endroit vaut surtout pour sa vue (Bambu Restaurant : 88 000IDR pour 2 plats)

Vue depuis notre table
Jour 3 : Marché et Ballade au sud de Rantepao entre deux averses

On vous a déjà dit qu’il pleuvait en pays Toraja ? Et bien il pleut, et pas qu’un peu. Ici faut avoir le nez creux pour sortir au bon moment. Nous avons pris le petit déjeuner pendant que la pluie tombait drue mais avons enfourché le scooter pile au moment où le soleil réapparaissait.

Pasar Bolu (le marché)

On en a profité pour aller au marché, le  Pasar Bolu, situé à environ 3km au nord est de Rantepao. Le marché a lieu tous les jours, et c’est seulement le samedi que vous pourrez y voir des buffles. Donc si vous me suivez … en ce mardi, point de buffle. On en a profité pour acheter du café car la région en produit et en est très fière. Et puisque nous arrivons à la fin du voyage, on a craqué sur quelques petits souvenirs locaux.

Sur le marché vous pourrez négocier car ils annoncent généralement des prix trop élevés, mais la marge de manœuvre est quand même assez faible. Il peut même leur arriver de vous annoncer un prix « 90 000 », puis 3 minutes plus tard « 95 000 ! Discount ! ».  La définition du mot « discount » n’est peut être pas la même partout !

Luttant contre un mal de tête grandissant, nous sommes retournés à l’hôtel histoire de prendre un peu de repos. Et l’on a bien fait puis que le déluge a recommencé sitôt posé le pied dans la chambre.

Tarif : gratuit

Piscine naturelle de Tilanga

On s’est finalement motivés à repartir avec le soleil qui revenait. Nous avons décidé d’explorer la campagne sud, de Rantepao à Lémo en passant par Tilanga. C’est en roulant sur les toutes petites routes, parfois franchement caillouteuses et boueuses que nous sommes arrivés aux Gella Stone Grave, deux blocs de pierres funéraires. Pas le spectacle du siècle, mais au moins il n’y a personne.

Nous avons poursuivi notre chemin dans les villages traditionnels, avec des vues époustouflantes sur les rizières. C’est là que nous avons rencontré cette incroyable bestiole, un buffle totalement albinos. Ils sont très rares, et si leur couleur est due à une anomalie génétique, en pays Toraja ils sont très convoités et très onéreux. D’ailleurs, si les touristes blancs sont appelés « Bouleh » c’est en rapport avec les buffles albinos car « Bouleh » veut dire «yeux bleux». Les buffles albinos ont les yeux bleus et sont blancs. D’où le raccourci. Voici pour la petite minute culturelle. On a demandé au jeune homme l’autorisation de faire quelques photos de lui et de son mastodonte puis nous avons repris notre chemin.

Photo typique du Pays Toraja : un buffle, une rizière.

Arrivés à Tilanga, deux sirènes d’alarme d’environ 5 ans se sont mises à hurler « Helloooooooo Bye byeeeeee ». Nous avons garé notre scooter. Environ 6 minutes plus tard, la sirène se remettait à hurler, on a compris que d’autres touristes venaient d’arriver. Rien d’alarmant, nous étions 4 touristes dans ce lieu. Vu le temps, rien d’étonnant. Les filles sont allées nager tandis que nous les regardions en silence. J’étais partagée mais la pluie froide qui s’est remise à tomber m’a sortie de mon interrogation. Il a encore fallu attendre que la pluie s’arrête pour pouvoir repartir. Je vous avoue que même si le lieu est joli, quand il fait frais et pluvieux, l’intérêt est assez limité.

Piscine naturelle de Tilanga

Tarif : 20 000IDR/pers

Lemo : les « stones graves »

Il s’agit de l’un des sites funéraires les plus connus et touristiques du pays Toraja. Situé à 10km de Rantepao, en plein cœur des rizières, Lemo présente la particularité d’avoir ses tombes creusées dans la paroi rocheuse. Vous pourrez y voir des balcons ornés de nombreux « tau tau », ces figurines symboliques. Prenez le chemin qui descend dans les rizières, il y a quelques sépultures supplémentaires à y voir, et faites la boucle pour revenir vers le parking. Même s’il est bien plus visité que tous les autres sites que nous avons pu explorer, où nous étions généralement seuls, ce site est très représentatif et le décor pittoresque.

Renseignez-vous sur les sites funéraires car il existe des sites très connus mais de nombreux autres, plus confidentiels, vous permettront d’être complètement seuls (Tampangallo, Buntu Pune, Lokomata …).

Tarif : 20 000IDR/pers

Jour 4 : Batutumonga sous la pluie

Nous avons laissé nos gros sacs à notre hôtel de Rantepao pour partir à l’aventure à une quinzaine de kilomètres de là, dans les montagnes. 15km ce n’est pas bien long mais la route montagneuse grimpe très fort, et les derniers kilomètres sur une route complètement défoncée deviennent difficiles. On s’arrête pour prendre quelques photos des sublimes rizières en terrasse qui se dessinent déjà, entourées d’une brume particulièrement épaisse.

A peine arrivés à la guesthouse où nous comptons passer la nuit, qu’il se met à pleuvoir des cordes. Nous ne le savons pas encore, mais le ton de la journée est donné !

Balade jusqu’aux stone graves de Lo’ko Mata, en passant par les « Historic stones »

Nous avons décidé de laisser le scooter se reposer et de mettre nos pieds à contribution pour une petite ballade de 4km jusqu’à l‘un des sites funéraires que nous a recommandé notre guide, Rante. Avant de partir, notre hôte m’a informée que des membres de sa famille sont enterrés à cet endroit, et que les « tau tau » que nous allions voir représentent ses grands parents et l’une de ses tantes. J’ai trouvé émouvante l’idée d’aller rendre visite à sa famille décédée.

Lorsque nous avons pris la route avec nos chaussures de marche et nos K-Way, on avait presque chaud. Et puis rapidement la brume nous a enveloppés, et le paysage a de nouveau pris un visage mystérieux, presque mystique. Ensuite, la pluie s’est mise à tomber sans discontinuer. On a eu beau s’abriter sous une immense roche, puis dans une cabane en bois, il fallait se rendre à l’évidence, il faudrait marcher sous la pluie.

C’est dans ce décor très particulier que nous avons découvert des paysages de rizières entourés de brume, des tombes creusées dans les immenses pierres rondes qui jalonnent la route. Vous pourrez notamment découvrir les « Historics Stones », site funéraire que nous avons découvert par hasard. Les habitants ont utilisé les grosses pierres rondes du paysage pour creuser les tombes de leurs défunts. Vous en trouverez plusieurs sur la route.

Nous sommes enfin arrivés au site recommandé, celui de Lo‘Ko mata. Il s’agit d’une immense roche de forme ovoïdale dans lesquelles sont creusées de nombreuses tombes. Les « tau tau » de la famille de notre hôte vous accueillent effectivement en ce lieu. Sous la pluie, et avec la cascade qui jouxte le site, le lieu a des allures particulières, une ambiance mystique, comme s’il était encore un peu hanté. Les petites répliques de maisons traditionnelles que vous voyez devant le site sont celles qui ont permis de transporter le cercueil des défunts. Ce que l’on se demande en revanche, c’est ce que faisait des cercueils ouverts par terre … Les tombes ont-elles été pillées ? A-t-on sorti les défunts du cercueil pour les mettre « en roche » ? Mystère …

Tarif : Gratuit (du moins, il n’y avait personne)

Nous avons alors fait demi-tour pour retourner à l’hôtel, 4 km sous la pluie qui tombait toujours avec application. Quand nous avons enfin atteint notre chambre, la pluie s’est miraculeusement arrêtée. Dis-donc la pluie, tu te serais pas un peu foutue de notre gueule de bouleh des fois ?

Jour 5 : Retour à Rantepao & galère de pneus

Nous avions prévu ce jour là de nous balader dans les environs de Batutumonga en scooter. On avait le soleil de notre côté. La journée s’annonçait idéale mais … parce qu’il y a souvent un « mais » … Lorsque nous sommes arrivés près du scooter, des locaux nous le montraient de doigt en faisant des signes et en parlant mais on ne comprenait pas. Notre hôte nous a alors indiqué que le pneu arrière était à plat. Heureusement qu’à 1km on pouvait réparer tout ça. On s’arrête devant le garagiste local, le Monsieur nous regonfle notre pneu. Il regarde quand même celui-ci et murmure « Broken » mais ne semble rien vouloir faire de plus. Bon … On repart … Le temps d’arriver à l’hôtel, le pneu s’était déjà légèrement redégonflé. La petite ballade en scooter tombait à l’eau, on a préféré tenter de rentrer à Rantepao.

Et un pneu à plat !

Le pneu n’a pas du tout aimé les routes complètement pourries et malgré la descente, il s’est dégonflé tranquillement. Pas sereins qu’on était. On a dû s’arrêter à une nouvelle échoppe, en se disant que cette fois on devrait changer la chambre à air. Mais non, le Monsieur nous a regonflé le pneu et relaissé partir, le pouce levé. Mouais. On a pu parcourir les 7km de route qui nous restait, et nous avons rendu le scooter en leur précisant que malgré deux passages « gonflages de pneu », il nous semblait que ça n’était pas suffisant.

Où dormir ?

  • A Rantepao : Pia’s Poppies Hotel

Nous avons réservé une chambre double la veille de notre arrivée. Ils ont de nombreuses chambres, la réservation n’est pas indispensable. Situé sur la route principale de Rantepao, les chambres de l’hôtel donnent sur un champ, la vue est dégagée et vous serez sans doute plus gêné par les coqs hurleurs que par le trafic de la route. L’entrée du restaurant donne l’impression chaleureuse d’un chalet de montagne, l’extérieur d’un jardin asiatique avec ses petits plans d’eau avec poissons et fleurs de lotus. L’endroit est grand mais agréable.

Les + : grande chambre, matelas ultra confortable, salle de bain équipée (pommeau de douche, eau chaude, chasse d’eau), un jus ou salade de fruit offert tous les jours aux hôtes, balcon filant, gentillesse discrète du personnel, possibilité de réserver ses places de bus, excellent wifi au niveau du restaurant.

Les – : petit déjeuner non compris dans le prix, décoration des chambres très impersonnelle, pas de wifi dans les chambres.

  • A Batutumonga : Mentirotiku

Idéalement situé sur l’un des plus beaux points de vue de la région, sur l’une des crêtes du Mont Sesean, cette auberge est vendue par le Lonely Planet comme la meilleure du coin. Vous pourrez y réserver une chambre standard avec salle de bain privative (200 000IDR/chambre), ou dormir dans une maison traditionnelle (tongdokan) avec salle de bain séparée (150 000IDR/pers). Il y a encore une option « Deluxe (450 000IDR/chambre) mais nous n’en connaissons pas les options. Nous avons opté pour la petite chambre standard qui offre une belle vue sur la vallée de Sesean et ses rizières, allant jusqu’à Ranteapo et les montagnes sublimes à l’arrière plan.

Les + : la vue extraordinaire, matelas confortable, petit espace extérieur, boissons de bienvenu (thé & café), accueil agréable.

Les – : toute petite chambre, salle de bain très rustique (douche au seau), eau froide (glacée) uniquement.

Où manger ?

  • A Rantepao

Hotel Pison (petit déjeuner) : Cet hôtel restaurant est situé juste à côté du Pia’s Poppies. avons pris notre petit déjeuner deux fois à l’hôtel Pison car ils proposent de très bons pancakes. Prenez les à la carte plutôt qu’en menu, vous en aurez 3 au lieu de 2 ! (75 000 – 80 000 IDR pour 2)

Kaana roasterie (petit déjeuner) : Situé dans la rue derrière l’Hotel Pison, ce très beau café à la décoration mystique mais raffinée propose du café local, des jus ou encore de délicieux pancakes. Vous pourrez y acheter du café Toraja, les gérants du lieu s’y connaissent bien et parle un peu anglais. (75 000 IDR pour 2)

Pia’s Poppies (petit-déjeuner) : Vous pourrez aussi prendre vos petits déjeuners au restaurant de l’hotel Pia’s Poppies qui propose notamment un porridge de riz au lait de coco particulièrement roboratif. Le café avec le petit déjeuner à la carte semble offert (il est en libre service et nous ne l’avons pas payé …) – (58 000 IDR à 2)

Bambu Restaurant (déjeuner) : Notre guide nous a emmenés déjeuner au Bambu Restaurant. C’est une adresse pour touristes, la carte est en anglais et vous retrouverez les autres visiteurs en compagnie de leur guide. L’adresse vaut surtout pour la vue sur les rizières et son emplacement dans une maison traditionnelle mais les spaghettis n’étaient pas si mal ! (88 000IDR à 2 pour deux plats)

Cimsky (déjeuner) : Situé en plein cœur de Rantepao, ce restaurant à la décoration très moderne offre une carte mêlant cuisine typique et « western food».  Nous recommandons leur club sandwich, franchement bon (88 000IDR pour 3 plats).

The House – (déjeuner/diner) : Adresse coup de cœur. Le restaurant-café se situe à quelques mètres du Pia’s Poppies, sur la route principale. Nous avons aimé la décoration élégante et ultra moderne, le service agréable (quoique très long le soir) et une carte aux saveurs traditionnelles revisitées aux prix très doux (50 000IDR pour 2 plats).

  • A Batutumonga

EPI (déjeuner) : Située en face de Mentirotiku, cette toute petite guesthouse propose une salle de restaurant à la vue imprenable sur les rizières. La carte est simple mais efficace. Si vous êtes végétariens, vérifiez quand même que vous avez bien été compris concernant votre commande ( 40 000IDR pour 2 plats)

Vue depuis le restaurant

Mentirotiku (diner) : Pratique puisqu’il s’agit du restaurant de notre hôtel. Le soir, vu le froid, nous n’avons pas eu le courage d’aller voir plus loin. Notre plat de soupe n’était pas des meilleurs mais suffisamment chaud pour réchauffer nos membres gelés, accompagné d’un plat de riz et d’un thé, ça a fait l’affaire (44 000 pour 2 soupes et un thé).

On y va ou pas ?

Vous vous posez encore la question après cet article fleuve ? Je peux comprendre. En effet la culture Toraja et sa manière particulière d’appréhender la mort peut rebuter certains d’entres vous. Mais cela n’a rien de vraiment glauque dans la vie quotidienne. Nous avons des cimetières, ils ont des « stones graves » et des « burial sites » dans des grottes. Certes, ils mettent les bébés morts dans les arbres pour qu’ils deviennent des anges. Et effectivement, ils sacrifient des buffles lors des cérémonies religieuses. Mais au fond, leurs traditions ne sont pas « glauques », elles sont ce qu’elles sont et sont vécues avec beaucoup d‘enthousiasme et de positivisme. Une façon pour eux de montrer leur respect aux ancêtres et aux âmes qui quittent la Terre. Et puis si vous ne souhaitez pas assister à une cérémonie et visiter les sites funéraires, il vous reste des paysages d’une beauté époustouflante de rizières en terrasse, de montagnes, de roches noires. Sans oublier des habitants d‘une grande gentillesse. Cette région est un grand coup de cœur pour nous.

Connaissiez-vous cette région ? Elle vous tente ?

Advertisements

2 thoughts on “[Indonésie] Sulawési : Bienvenue en Pays Toraja !

Add yours

  1. Merci pour cet article passionnant. J’avais lu beaucoup de choses sur cette culture… je crains d’être trop sensible et choquée par les tombes visibles, les ossements, le sacrifice de ces buffles si beaux… et en même temps ton article m’a vraiment intéressée. Merci pour la découverte !

    Like

    1. C’es étrange, je n’ai pas été choquée. Ils vivent dans un univers où la mort est une étape primordiale de la vie humaine. Pas un tabou comme dans nos sociétés. Là où je n’adhère pas c’est qu’ils sacrifient des buffles qui n’ont rien demandé. En tant que végétalienne, ça me dépasse un peu mais bon. Si la tradition ne justifie pas la cruauté, je ne me sens pas en droit de juger au vu de ce que nos sociétés font subir aux animaux. 🙂 Merci pour ton message !

      Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: